Google Glass : le changement c’est… plus tard !

google-glass2012, Google créait le buzz en présentant une version bêta de ses lunettes connectées.

2015, Google annonce la fin du programme Glass Explorer permettant aux personnes intéressées d’acheter les lunettes pour les tester. Les ventes sont stoppées. Les médias déclarent la mort des Google Glass.

Les promesses de Google

On nous annonçait un bouleversement des usages dans différents secteurs avec l’arrivée des Google Glass. Elles allaient changer notre façon de communiquer, les lunettes intégrant un système de messagerie instantanée permettant d’échanger tout en étant mobile. Elles allaient modifier notre façon d’appréhender l’actualité en permettant l’affichage d’articles, d’images, de vidéos où que nous soyons. Elles allaient révolutionner notre quotidien grâce à l’application permettant de traduire en direct du texte lu, ou celle traçant nos performances en sport, sans parler des professionnels impactés : chirurgien sollicitant l’avis d’un tiers lors d’une opération, agent immobilier projetant du mobilier dans un logement vide, etc.

Mais au final, pas ou peu de bouleversements… Et quelques déçus au passage. Pourquoi ?

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Pourquoi la révolution n’a pas eu lieu

Tout d’abord, il faut bien l’avouer, celui ou celle qui porte des Google glass n’a pas l’air bien malin, l’esthétique de ces lunettes n’a pas convaincu grand monde. Même Sergey Brin, co-fondateur de Google, a un petit côté ridicule, non ?

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Google avait par ailleurs fait le choix de contrôler et limiter la distribution à 8000 personnes servant de testeurs à leur version bêta. Tout le monde n’a donc pas pu tester ces lunettes connectées. Ou plutôt, tout le monde n’a pas eu le luxe de tester ces lunettes connectées. Il faut dire que le prix légèrement prohibitif (1500 dollars) ne permettait pas à tous les portefeuilles de se les offrir.

Le flou juridique a aussi fait débat comme pour le cas de cette conductrice américaine qui s’est retrouvée devant la justice à cause de ses Google Glass portées au volant. Ce fait divers a mis en exergue de nombreuses questions liées à la conduite afin de pouvoir légiférer sur le sujet : faut-il interdire le port et/ou l’utilisation des lunettes connectées au volant ? Est-ce dangereux en conduisant ? Quelle différence avec un GPS ?

Une fois l’euphorie dissipée, l’accueil n’a pas non plus été particulièrement bon . Des voix se sont élevées pour dénoncer la possibilité d’être pris en photo ou filmé sans s’en rendre compte, en raison de la discrétion du déclenchement de ces fonctionnalités. Les lunettes ont été exclues de certains lieux publics comme les hôpitaux, les bars, les casinos, pour respecter la vie privée des gens, ou les cinémas pour, dans une autre mesure, limiter le piratage.

Interrogé sur la peur du changement, Eric Schmidt, l’autre M. Google, disait début 2013 :

« Society adapts to these new things, and wearable computing is very much a real thing, of which Glass is just one example. »

Et bien deux ans plus tard, nous n’avons pas vraiment l’impression que la société s’est adaptée aux Google Glass. Pourquoi cet objet présenté comme le nouvel assistant personnel n’a pas convaincu?

Penser à l’utilisabilité c’est bien, ne pas oublier l’utilité c’est mieux

Cette situation nous rappelle le travail de Jakob Nielsen sur l’acceptabilité. Raphaël Yharrassarry la traduit comme le « fait qu’une application ou un service est accepté ou non par les utilisateurs » dans une note de blog qui lui ait consacrée.

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D’après Nielsen, l’acceptabilité sociale et l’acceptabilité pratique sont les deux principaux attributs de l’acceptabilité. Dans le cas des Google Glass, le premier échec se situe au niveau de ce premier composant. Il y a eu socialement un rejet de cet objet, notamment à cause de l’impression d’être surveillé et du sentiment d’atteinte à la vie privée.

D’un point de vue pratique, nous l’avons évoqué, il y a eu aussi quelques ratés : un produit trop cher (surtout pour une version toujours en test), un manque d’esthétique…

Mais dans ce modèle de Nielsen, c’est la notion de « usefulness » qui est particulièrement intéressante. On peut la décomposer en deux parties, l’utilisabilité et l’utilité, principes au cœur de l’ergonomie et de la conception orientée utilisateurs.

L’utilisabilité des Google Glass n’a pas été spécialement critiquée : a priori le fonctionnement serait simple à comprendre et à apprendre, avec peu d’erreurs à l’usage. C’est plutôt l’utilité même des lunettes qui a été remise en question. En dehors de quelques domaines où elles peuvent avoir un intérêt professionnel, elles ne comblent pas véritablement de besoins utilisateurs. Au final, Google a fabriqué un gadget, l’a commercialisé et a demandé aux acheteurs/développeurs d’en trouver la finalité. Raté.

Quel avenir pour les Google Glass et les lunettes connectées ?

Malgré tout, il faut croire que l’aventure n’est pas terminée. Alors que le programme Explorer a été stoppé, alors que les Google Glass ont quitté le laboratoire Google X, lieu de leur création, alors que Sergey Brin a été aperçu sans ses Google Glass, alors que Babak Parviz, papa des Google Glass a fait sa valise pour Amazon cet été… le projet n’est pas mort.

Tony Fadell, ancien d’Apple, est désormais l’homme chargé de relancer la machine. Le challenge consistera à revoir le concept en lui-même, en clarifiant les usages. Quels sont les utilisateurs finaux ? S’adresse-t-on aux professionnels ou au grand public ? Quels sont leurs besoins, leurs exigences, leurs contraintes ? Quelles applications peut-on leur proposer ?

Autrefois précurseur dans le domaine, Google est désormais rattrapé par les concurrents du secteur. Sony a présenté au dernier CES son projet SmartEyeGlass Attach qui consiste à rendre n’importe quelle paire de lunettes connectée, grâce à la fixation d’un simple accessoire sur les montures. Quant à Microsoft, ce dernier a dévoilé en ce début d’année 2015 son projet Hololens, lunettes connectées permettant l’affichage d’hologrammes dans le champ de vision de celui qui les porte.

Bref, Google Glass ou non, nous n’avons pas fini d’entendre parler des lunettes connectées. L’avenir nous dira si on s’en servira !

Sources

http://creativebits.org/topic/what_google_glass_will_really_feel

http://www.franceinfo.fr/actu/justice/article/proces-des-google-glass-au-volant-la-conductrice-acquittee-313863

http://www.franceinfo.fr/emission/en-direct-de-la-silicon-valley/2014-2015/google-glass-c-est-fini-25-01-2015-05-05

http://www.xconomy.com/boston/2013/04/26/schmidt-google-glass-critics-afraid-of-change-society-will-adapt/

http://blocnotes.iergo.fr/breve/motsetphrases/acceptabilite/

http://la-minute-ux.com/post/facteurs-cle-acceptation/

Jakob Nielsen, Usability Engineering, Morgan Kaufmann Publishers In, 1993, p26.

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Laureline Améaume
Laureline concilie ergonomie physique et cognitive pour une meilleure approche du contexte et des besoins des utilisateurs. Elle intervient dans des dossiers d’ergonomie logicielle et Web et étudie l’impact des nouvelles interactions sur l’expérience utilisateur, dans le cadre du projet R&D « Technologies Usages et Interactions ».
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